Par les temps qui courent

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jeudi 30 octobre 2008

Le sauvetage des banques

Le CADTM est le Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers-Monde. Fondé voilà 18 ans, son travail principal consiste à étudier les origines de la dette vertigineuse qui handicape tout le tiers-monde et d'agir en vue de son annulation, perçue non comme une fin en-soi, mais comme  "une condition nécessaire mais non suffisante au développement véritablement durable et socialement juste qu’il s’agit de promouvoir, tant au Sud qu’au Nord de la planète".

C'est une mine d'information ( articles et vidéos ) sur tout ce qui touche au développement juste.

J'y ai trouvé ( ICI ) une interview d' Eric TOUSSAINT ( son président ) sur la crise financière. Ce qui me plait dans ce qui est dit, c'est la vision d'un autre monde possible, tout à fait possible pourvu que la volonté politique d'y parvenir soit suffisamment forte...


Crise financière - ce que le public devrait savoir.
( ça ne marche pas ici avec internet explorer. Désolé: je ne sais pas pourquoi )

Et puis une nouvelle vidéo vient tout juste de paraître sur le site du CADTM. En voici le lien :

Elle est moins chaleureuse, mais plus analytique. Normal : elle accompagne la sortie d'un livre écrit par Eric TOUSSAINT et Damien MILLET :

" 60 Questions / 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale "

dimanche 26 octobre 2008

L'argent Dette

Voici la version intégrale (et en français) du film de Paul Grignon sur l'argent, diffusée en France par Banksters.tv un site spécialisé dans l'information sur ce que sont les banques, et particulièrement les banques centrales.

Il s'agit au départ d'une commande émise par une organisation de défense des consommateurs, à propos des prêts bancaires; puis d'un parti politique canadien militant pour une réforme monétaire; et pour finir de "l'American Monetary Institute", une organisation non lucrative pour "l'étude de l'histoire, la théorie et la réforme monétaire".

Qui sait vraiment ce qu'est l'argent? comment il fut créé, par qui... ? Les économistes sans doute, mais ils sont trop souvent formatés pour fonctionner au service d'un système basé sur le profit et la croissance perpétuelle. Le film de Paul Grignon nous en parle, avec des mots très simples.


L'Argent Dette de Paul Grignon (FR intégral)
( ça ne marche pas ici avec internet explorer. Désolé: je ne sais pas pourquoi )

Ce film commence à faire pas mal de bruit. Tellement même que d'aucuns veulent y voir une relance de la thèse du complot juif, parce qu'on y parle de la signature de la "loi de la réserve fédérale américaine" par Wilson (en 1913), qui donna le pouvoir de créer la monnaie américaine à un cartel de banques internationales, dominées par les Rothschild. Remue-ménage, donc, à tel point que DailyMotion a même demandé à l'équipe d'Arrêt-sur-image (un site d'information) d'accompagner sa diffusion. Et ça se trouve ICI

Mais ce que nous donne Arrêt-sur-image n'est pas grand chose au regard des questions fondamentales qui sont posées dans ce film, personne ne voulant vraiment se mouiller pour dire qu'effectivement il faudrait changer de système. Normal: faut bien que chacun défende son beefsteak! Ils sont d'ailleurs tous tombés d'accord pour condamner l'aspect "complotiste" qu'ils aiment voir dans cette présentation des choses monétaires. Mais c'est quoi le "complotisme" en question? Dire que certaines personnes bien placées dans la hiérarchie de ce système, et désirant encore et toujours plus de profits, nous manipulent par l'intermédiaire de nos gouvernants ? Bin c'est évident non? Comme si ce n'était pas le but du jeu!!! Comme si par exemple les multinationales n'existaient pas, comme si elles étaient irréprochables et sans appétit de pouvoir, comme si le secret de leurs manigances n'était pas une des règles fondamentale de ce jeu mortel qui ravage la planète et ses habitants. Et qu'est-ce donc qu'une manigance secrète sinon une sorte de complot? Quand on vise à s'approprier le bien commun tout en faisant croire que c'est pour le bénéfice de tous, et bien oui: c'est un complot! Même si le mot politiquement correct pour ce genre de chose est "stratégie commerciale". Et bien pour les banques c'est pareil. Les grosses banques internationales ont énormément de pouvoir et développent des stratégies (évidement secrètes!) pour grossir, encore et toujours. Mais ça mérite un billet à part entière...
À suivre, donc...

mardi 16 septembre 2008

L'emprise de la finance

Il est urgent de rompre avec l'emprise de la finance

Point de vue publié dans Le Monde du 16 septembre 2008 , par Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon, et repris par Attac

Depuis que la crise immobilière des subprimes a éclaté aux Etats-Unis il y a plus d’un an, pour atteindre les principales banques et autres fonds de placement, beaucoup se sont demandé comment la contenir. Aujourd’hui, les nouvelles faillites de Lehman Brothers et de Merril Lynch montrent, s’il était besoin, que cette question est doublement dépassée.

Deux digues, en effet, ont été rompues. D’abord, en raison de la globalisation du capital, ce ne sont pas seulement les institutions financières américaines qui ont été touchées, mais une bonne partie de celles du monde entier, tellement la circulation des titres hypothécaires avait été grande. Ensuite, déjouant les pronostics de nombreux experts qui se voulaient rassurants, la crise bancaire et financière a franchi la barrière de l’économie réelle puisque l’économie américaine et celle de l’Europe sont au bord de la récession (- 0,3 % pour le PIB français au deuxième trimestre, - 0,5 % en Allemagne et - 0,2 % dans la zone euro) et que, au niveau mondial, le ralentissement de la croissance est désormais certain.

La raréfaction du crédit consécutive à la fragilisation de nombreuses banques a conduit les banques centrales, notamment la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne (BCE), à injecter des centaines de milliards de dollars et d’euros et, pour la première à réduire son taux directeur, mais cela n’a suffi ni à sauver la mise de certaines institutions financières ni surtout à éviter que l’économie productive soit gangrenée.

Deux questions méritent d’être posées. Pourquoi la crise s’est-elle globalisée, au point qu’aux dires des voix les plus officielles, nous sommes en présence de la crise la plus importante depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c’est-à-dire depuis 1929 ? Comment empêcher le retour des crises, et non pas comment contenir une crise qui a déjà répandu ses méfaits ?

La généralisation de la crise financière, ses répercussions sur la pratique spéculative des fonds qui ont réorienté leurs placements vers de nouvelles valeurs refuges comme les matières premières et les céréales, faisant exploser les prix de ces dernières, et la fragilisation du système productif sont imputables au capitalisme néolibéral qui a imposé sa logique implacable et ses normes à toutes les sphères de la société.

La libre circulation des capitaux, les procédures de titrisation, le développement des marchés à terme portant sur les produits dérivés, les politiques de dérégulation menées par les Etats sur leur territoire national ou bien dans un cadre communautaire comme en Europe et les facilités de crédit accordées au système financier pour participer aux restructurations gigantesques de l’appareil productif mondial, notamment par la technique du leveraged buy out (LBO, effet de levier), ont multiplié les secousses financières. Crises mexicaine (1995), asiatique (1997), russe (1998), argentine (2001), crise de la nouvelle économie (2000), crise des subprimes (2007) se sont succédé, une bulle chassant l’autre.

Comment pouvait-il en être autrement puisque la promesse d’enrichissement perpétuel des détenteurs de patrimoine financier était fondée en dernière analyse sur la détérioration de la condition salariale : chômage, précarité, déconnexion des salaires par rapport à la productivité du travail, augmentation de la durée du travail, laminage de l’assurance-maladie et des retraites vouées à être confiées à la Bourse.

La pérennisation d’un rapport salarial injuste n’est sans doute pas étrangère à la frénésie financière et à l’incapacité du capitalisme néolibéral de se construire une trajectoire stable : 100 000 personnes seulement, selon Merill Lynch, disposent d’avoirs financiers équivalents au quart du PIB mondial, soit près de 15 000 milliards de dollars (10 601 milliards d’euros).

L’instabilité chronique est renforcée par la stérilisation des instruments traditionnels de régulation. Les banques centrales alimentent les bulles financières en période de surchauffe et, plus tard, volent au secours des institutions ayant pris trop de risques : Northern Rock au Royaume-Uni, Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac aux Etats-Unis. En Europe, la BCE augmente son taux directeur, contribuant ainsi à la surévaluation de l’euro par rapport au dollar et aux variations erratiques du prix du pétrole, au risque de l’inflation qu’elle prétend combattre et malgré la récession imminente. L’« échec des négociations » de l’Organisation mondiale du commerce est l’aboutissement de l’incapacité de cette instance, dont le seul critère est la concurrence exacerbée, à réguler sur une base coopérative les rapports entre les Etats. L’aggravation des tensions géopolitiques (Moyen-Orient, Balkans et Caucase) et des politiques sécuritaires doivent être vues comme les conséquences du fait que le monde est livré à une logique mortifère.

Un nouveau Bretton Woods est donc indispensable. Mais pas n’importe lequel. N’oublions pas que la principale proposition formulée en 1944 fut rejetée : la monnaie mondiale et l’Union de compensation envisagées par Keynes ne virent jamais le jour pour laisser le champ libre au dollar et à l’hégémonie américaine. La taxation des transactions financières et des revenus financiers est devenue une nécessité impérieuse, non seulement pour rétablir un contrôle des mouvements de capitaux, mais aussi pour financer les biens publics mondiaux.

En outre, une nouvelle architecture monétaire et financière internationale n’aurait aucune chance d’améliorer la situation si, dans le même temps, les « réformes structurelles » des marchés du travail étaient poursuivies, Au contraire, elles auraient pour conséquence de renforcer la financiarisation des économies française et européenne puisqu’elles signifieraient une reprise de la détérioration de la part salariale dans la valeur ajoutée, aujourd’hui ramenée à un niveau très bas, comme le reconnaissent bien tardivement l’UE et le Fonds monétaire international (FMI).

Décidément, le capitalisme est indécrottable. Plus il se rapproche de sa « /pureté/ » théorique analysée par Marx (le surplus de valeur pour l’actionnaire et rien que pour lui), plus il accroît le risque de délitement des sociétés et éloigne la perspective de régulation de la planète. Jamais nous n’avons été aussi proches du franchissement de limites, au-delà desquelles le saut dans l’inconnu pourrait être catastrophique. Contenir la crise financière, non, c’est trop tard. Faire reculer l’emprise de la finance qui en est la source, il est plus que temps.

Jacques Cossart, Jean-Marie Harribey et Dominique Plihon sont économistes, membres du conseil scientifique d’Attac.