Par les temps qui courent

|   Par écrit   |  Fracastal   |  Californie   |  Jeux vocaux   |   Hélène Bardot  

dimanche 01mars 2009

Sols et coton Bt

On se doutait bien que la culture en plein champ d'organismes produisant des insecticides (OGM Bt) affectait la biodiversité des sols où ils poussaient. On s'en doutait, mais une étude toute récente en donne la preuve. C'est sur le blog " Mondialisation.ca " ...

" La biosécurité vise à faire en sorte que les OGM ne nuisent ni à l'environnement ni à la santé.
La terre, sa fertilité et les organismes qui entretiennent sa fertilité, sont un élément vital de l'environnement, en particulier dans le contexte de la production alimentaire et agricole.

Une récente étude scientifique réalisée par Navdanya, a comparé la terre des champs où du coton Bt a été planté pendant 3 ans avec celle des champs adjacents, plantés de coton naturel ou d'autres cultures. La région couverte incluait le Nagpur, l’Amravati et le Wardha de Vidarbha, ce qui représente les plus grandes plantations de coton OGM en Inde, et le taux le plus haut de suicides de fermiers (4000 par an).


En 3 ans, le coton Bt a réduit la population d’actinomycètes de 17%. Les actinomycètes sont indispensables pour dissocier la cellulose et créer l'humus.
La population bactérienne a été réduite de 14%. La biomasse microbienne totale a été réduite de 8,9%.
Les enzymes bénéfiques, vitales pour la terre, qui rendent les nutriments disponibles pour les plantes, ont aussi été considérablement réduites. Le phosphatase acide, qui contribue à l'assimilation des phosphates, a été réduit de 26,6%. Le nitrogénase, les enzymes qui catalysent la fixation de l'azote moléculaire, a été réduit de 22,6%.

À ce rythme, une dizaine d'années de culture de coton OGM, ou de tout type de culture génétiquement modifiée dotée de gènes Bt, pourrait entraîner la destruction totale des organismes du sol, laissant la terre morte, incapable de produire la nourriture.

Dans son dernier communiqué, l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications a déclaré qu’il y a 7,6 millions d’hectares de coton Bt en Inde. Cela veut dire que 7,6 millions d’hectares de terre sont en train de mourir.
Habituellement, l'impact des OGM sur les organismes du sol n’est pas étudié. C'est une lacune redoutable, car la toxine Bt des cultures comme le maïs MON 810, le coton Bt ou l’aubergine Bt, a un grave impact sur les organismes bénéfiques du sol.

Le gouvernement de l'Inde cherche à ratifier l’homologation de l’aubergine Bt sans faire l’étude de biosécurité concernant les conséquences sur les organismes du sol. La Commission européenne tente de faire pression sur les pays exempts d'OGM pour introduire le maïs MON 810.
L’étude de Navdanya, la première à avoir examiné l'impact à long terme du coton Bt sur les organismes du sol, est un appel au réveil pour les organismes de réglementation du monde entier. Elle montre aussi que les affirmations de l'industrie biotechnologique sur l’innocuité des cultures génétiquement modifiées sont mensongères."

Pour obtenir une copie du rapport de l’étude et pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :

Navdanya
A-60, Hauz Khas
New Delhi – 110 016
Téléphone : 91-11-26535422 / 26532124
Courriel : vandana@vandanashiva.com
Site Internet : www.navdanya.org

Article original en anglais : Monsanto's Bt Cotton Kills the Soil as Well as Farmers, le 23 février 2009.
Traduction : Pétrus Lombard.

samedi 28février 2009

Procès de David (suite)

Le 6 janvier dernier, David comparaissait devant le tribunal de Foix pour avoir planté quelques pieds de canabis dans son jardin, et pire: pour avoir refusé un prélèvement d'ADN (voir le billet). Il en était sorti sans qu'aucune peine n'ait été prononcée. Voici donc la suite:

" De nouveau en procès !

David est encore convoqué en justice au tribunal correctionnel de Foix pour avoir : « refusé de se soumettre à un prélèvement biologique destiné à l’identification de son empreinte génétique » (puis enregistrée au Fichier National des Empreintes Génétiques : FNAEG).

Le délibéré du 13 janvier, suite au procès du 6 janvier a été : « la requête doit mieux se pourvoir ». La forme ayant été contestée sur deux points par l’avocat, la requête du Procureur via son substitut a été invalidée. Précisons que ce délibéré n’est pas un non-lieu ni une relaxe, ce qui signifiait que le dossier n’était pas clos et que le ministère public pouvait ré-attaquer. Voilà, c’est chose faite aujourd’hui.

David fait donc l’objet d’une réelle persécution et comme d’autres, il est victime du flou artistique du milieu juridique quant à l’application de la loi sur le prélèvement ADN.

La première inculpation de David qui avait planté un peu de cannabis dans son jardin ce qui soit-disant justifierait la nécessité d’un prélèvement , a fait l’objet d’une convocation au tribunal le 24 octobre dernier. David a reconnu sa culpabilité pour ce délit, toutefois aucune peine ne lui a été administrée par le Procureur bien que d’usage, une amende d’une centaine d'euros soit requise dans ce cas. Le Parquet de Foix, « mauvais joueur », remet aujourd’hui le couvert vis à vis de cette affaire en faisant convoquer David pour double motif : détention de cannabis – refus de prélèvement. Il espère peut-être ainsi fuir le débat et faire pointer du doigt l’opinion et les médias sur la présomption que David n’est ni plus ni moins qu’un dangereux drogué - trafiquant. Nous souhaitons alors fortement que ces deux délits soient jugés de façon distincte et que le procès traite du sujet dont il doit traiter au départ et si possible sur le fond cette fois-ci.

Le ministère public fait régulièrement traîner des jugements pour refus de prélèvement. Dans cette affaire le ministère et les juges se montrent une fois de plus incapables d’apporter clarté et transparence aux citoyens dans l’application de la loi. Ils sont par contre capables d’abuser de leur pouvoir et de faire preuve d’attitudes discriminantes pour ne pas reconnaître l’acte de désobéissance civile et la légitimité de refuser que son empreinte génétique soit répertoriée pendant 20 ans.

Si la confusion règne de l’autre côté de la barre, de notre côté, nous sommes lucides et ne nous laisserons pas « embrouiller ». Si cette diversion maladroite peut disperser notre mobilisation, elle peut tout autant attiser nos feux de révolte, donner plus de force et de teneur à notre revendication. A nous de savoir utiliser l’énergie déployée par l’adversaire pour contre-attaquer…

Refus de prélèvement ADN : pour la relaxe.
En solidarité avec  David,
le mardi 3 mars à 14 heures , soyons nombreux au TGI de Foix .

Le comité de soutien constitué."

lundi 23février 2009

Les Universitaires

Nouveau message de Pierre Jourde, écrivain et professeur d'université.

    « Pendant des décennies, l’université a avalé sans broncher les réformes les plus burlesques. Et voici brusquement les universitaires de toutes tendances politiques, les présidents d’université les plus modérés, les chercheurs les plus prudents, gauche et droite mêlées, qui se retrouvent dans la rue, à lever le poing avec des étudiants et de jeunes chercheurs. Pour en arriver à cela, il faut un sentiment profond d’humiliation, de mépris pour les professions intellectuelles, qui dure depuis très longtemps, et qui ne vient pas seulement de nos hommes politiques, mais aussi de la représentation qui est donnée de ces professions par certains médias, à partir d’une méconnaissance profonde de leur réalité quotidienne.

    Cela ne tient pas seulement au déferlement des clichés populistes. Ce n’est pas seulement parce que l’on fait passer pour des fainéants des gens qui ne cessent de travailler, pour des salaires minables, dans des lieux souvent sordides. Ce n’est pas seulement parce que l’on prétend évaluer enfin des chercheurs qui le sont en réalité toute leur vie, sur des critères très sélectifs. Ce n’est pas seulement parce que le temps qui pourrait être consacré aux étudiants et aux recherches est en réalité dévoré par une bureaucratie envahissante. C’est aussi et surtout parce qu’il s’agit d’une politique globale de destruction de la culture générale, qui touche l’université, la formation des professeurs, les concours de la fonction publique, l’audiovisuel, etc.

    Nous formons les futurs professeurs, et on nous demandera de les recruter, non plus sur ce qu’ils savent en littérature ou en sciences, mais sur des critères techniques étroits. Dans tous les domaines, il s’agit de ne former que des visseurs de boulons soumis, étroitement rivés à leur tâche. Et cela concerne l’éducation dans son ensemble, de la maternelle à l’université. Les universitaires manifestent contre cette vision de la société.

    Nous ne voulons pas former seulement des techniciens soumis, aux compétences étroites, mais des hommes et des citoyens. Nous pensons que la recherche est d’autant plus créatrice qu’elle n’est pas soumise à des objectifs purement utilitaires. Que le sens d’une vie ne se résume pas à des savoir-faire techniques. Qu’un professionnel est d’autant plus efficace que sa vision n’est pas étroitement limitée à son domaine de compétence. Que la culture est partie intégrante du fait de devenir homme. »

Source: Martine Laval, sur le blog de Télérama.
Voir aussi cet autre texte de Pierre Jouve sur le même sujet.

lundi 16février 2009

Laissez parler Sarkozy !

Daniel Schneidermann, d'abord chroniqueur au journal "le Monde" puis à "Libération", créateur et animateur de l'émission "arrêt sur image"s, puis fondateur du site "@rret sur images" (hélas payant) écrit, à propos de la contestation universitaire, sur le site du journal Libération et sous le titre:

Opposants, laissez donc parler Nicolas Sarkosy !

" Les opposants à Nicolas Sarkozy mènent depuis 2007 un combat intense et désespéré: ils exigent que le temps de parole du Président à la radio et télévision soit décompté dans le temps de parole de la majorité, ou du gouvernement. Et ils aimeraient bien pouvoir bénéficier d'un temps de réponse. N'en déplaise à ces opposants, un exemple, cette semaine, vient de démontrer que cette revendication est absurde. Celui des enseignants-chercheurs.

À quiconque ne s'informe que par les grands médias, notamment audiovisuels, la soudaineté de la révolte des enseignants-chercheurs aura été pour le moins incompréhensible. Comment donc ? Profs de gauche, profs de droite, descendent dans la rue, uniquement parce qu'on veut les faire évaluer par leurs présidents d'universités ? Mais tous les présidents d'universités ne sont pas des garde-chiourme sectaires ! Ne sont-ils pas élus par les profs de leur université ? Et que penser de ce milieu de mandarins ou d'apprentis mandarins, qui refuse ainsi toute évaluation ?

À la vérité, le milieu universitaire était partagé sur la réforme Pécresse, jusqu'au 22 janvier exactement. Ce jour-là, il bascula dans l'opposition, entraîné comme un seul homme dans les maquis par un dangereux agitateur, redoutablement efficace : un certain Sarkozy, Nicolas. Recevant à l'Élysée un aréopage de chercheurs et de professeurs, il s'évertua à présenter cette réforme (peut-être pas illégitime dans ses motifs) comme une punition à infliger à une bande de bons à rien paresseux : les chercheurs français, son auditoire du jour.
«Vos résultats sont médiocres», leur expliqua-t-il, entre autres joyeusetés. Pourquoi ? Parce que les chercheurs ne publient pas assez, pardi. «Je veux pas être désagréable, mais à budget comparable, un chercheur français publie de 30 % à 50 % de moins qu'un chercheur britannique.»

Rien d'étonnant : le Président rappela aux chercheurs comment ils s'étaient arrangés pour échapper à toute évaluation, et partant à toute sanction. «Nulle part dans les grands pays, sauf chez nous, on n'observe que des organismes de recherche sont à la fois acteurs et évaluateurs de leur propre action. Je vois que cela peut être confortable.» Un temps de silence. L'orateur attendait des rires, qui ne vinrent pas. «Je pourrais en tirer quelques conclusions pour moi-même. C'est un système assez génial d'ailleurs, celui qui agit est en même temps celui qui s'évalue. Cela peut provoquer un certain confort, un confort illusoire du moment parce que l'on voit bien les limites de l'exercice.» «Évidemment, conclut-il, si on ne veut pas voir ça, on se dit "merci, je vous remercie d'être venus, c'est chauffé, il y a de la lumière". C'est une réalité. Et si la réalité est désagréable, c'est pas désagréable parce que je le dis. C'est désagréable parce qu'elle est la réalité.» Manifestement content de dépeindre le chercheur moyen comme un gars qui a vu de la lumière et qui est entré parce que c'est chauffé, il répéta son astuce à la fin de l'allocution.

Bref, il les désignait comme coupables, selon le ressort psychologique éprouvé du sarkozysme. Les traders sont coupables. Les cheminots sont coupables. Les fonctionnaires sont coupables. Les chefs militaires sont coupables. Les préfets sont coupables. Les chômeurs sont coupables. Les magistrats sont coupables, et surtout les juges d'instruction. Les Rmistes sont coupables. Les instituteurs sont coupables. Les journalistes sont coupables.

L'opération sabordage aurait pu échouer : l'allocution du 22 janvier était passée sous le radar du journal télévisé, lequel n'entend rien à ces affaires de blouses blanches et d'éprouvettes, qui manquent singulièrement de ressort émotionnel. Ce jour-là, au JT, la rubrique éducation traitait du déjeuner à l'Élysée de lycéens de Basse-Normandie, de l'annonce par Xavier Darcos de la création de postes de «médiateurs de la réussite scolaire», et de l'agression d'une enseignante par l'un de ses élèves en Moselle. Heureusement, Internet était là. Et, fabriqués par d'habiles mains de chercheurs et de chercheuses, des montages commencèrent bientôt à y fleurir, alternant les meilleurs moments de la harangue présidentielle, et quelques chiffres bien sentis, qui rétablissaient la vérité sur la recherche nationale. En quelques jours, 200 000 internautes avaient vu les vidéos. Et voilà comment les enseignants-chercheurs, de gauche, de droite et du centre, se retrouvèrent précipités dans le maquis par la magie du verbe sarkozien.

On ne comprend donc pas pourquoi les socialistes s'acharnent sur le temps de parole présidentiel. Ils devraient défiler avec des pancartes, pour exiger que Sarkozy soit astreint à une causerie hebdomadaire radiotélévisée de plusieurs heures, comme Chávez, avec diffusion obligatoire dans les écoles, les crèches, et les abribus. En outre, lui-même n'y verrait certainement aucun inconvénient."

Voici de longs extraits de ce discours, avec commentaires:

Et la seconde partie de ce discours se trouve ici...

samedi 14février 2009

Le travail de chercheur

Voici une petite mise au point sur ce qu'est le travail d'un chercheur universitaire. Elle est rédigée par l'écrivain Pierre Jourde :

    " Une poignée de mandarins nantis qui ne fichent rien de leurs journées et refusent d'être évalués sur leur travail, manifeste contre la réforme Pécresse pour défendre des privilèges corporatistes et une conception rétrograde de l'université. Au travail, fainéants!

    L'ignorance et les préjugés sont tels que c'est à peu près l'image que certains journalistes donnent du mouvement des chercheurs, des universitaires et des étudiants qui se développe dans toute la France.. Au Monde, Catherine Rollot se contente de faire du décalque de la communication ministérielle, en toute méconnaissance de cause. Le lundi 9 février, Sylvie Pierre-Brossolette, sur l'antenne de France Info, défendait l'idée brillante selon laquelle, comme un chercheur ne produit plus grand-chose d'intéressant après quarante ans («c'est génétique»!), on pourrait lui coller beaucoup plus d'heures d'enseignement, histoire qu'il se rende utile.

    Il aurait fallu mettre Pasteur un peu plus souvent devant les étudiants, ça lui aurait évité de nous casser les pieds, à 63 ans, avec sa découverte du virus de la rage. Planck, les quantas à 41 ans, un peu juste, mon garçon! Darwin a publié L'Evolution des espèces à 50 ans, et Foucault La Volonté de savoir au même âge. Ce sont des livres génétiquement nuls. Aujourd'hui, on enverrait leurs auteurs alphabétiser les étudiants de première année, avec de grosses potées d'heures de cours, pour cause de rythme de publication insuffisant. Au charbon, papy Einstein! Et puis comme ça, on économise sur les heures supplémentaires, il n'y a pas de petits profits.

    Mais que Sylvie Pierre-Brossolette se rassure: le déluge de réformes et de tâches administratives est tel que son v¦u est déjà presque réalisé. On fait tout ce qu'il faut pour étouffer la recherche. Les chercheurs et les enseignants-chercheurs passent plus de temps dans la paperasse que dans la recherche et l'enseignement. Ils rédigent les projets de recherche qu'ils auraient le temps de réaliser s'ils n'étaient pas si occupés à rédiger leurs projets de recherche. La réforme Pécresse ne fera qu'accroître cela.

    Les journalistes sont-ils suffisamment évalués au regard de leurs compétences et de leur sérieux? Est-ce que c'est génétique, de dire des bêtises sur les antennes du service public?

    On enrage de cette ignorance persistante que l'on entretient sciemment, dans le public, sur ce que sont réellement la vie et le travail d'un universitaire. Rien de plus facile que de dénoncer les intellectuels comme des privilégiés et de les livrer à la vindicte des braves travailleurs, indignés qu'on puisse n'enseigner que 7 heures par semaine. Finissons-en avec ce ramassis de légendes populistes. Un pays qui méprise et maltraite à ce point ses intellectuels est mal parti.

    La réforme Pécresse est fondée là-dessus: il y a des universitaires qui ne travaillent pas assez, il faut trouver le moyen de les rendre plus performants, par exemple en augmentant leurs heures d'enseignement s'ils ne publient pas assez. Il est temps de mettre les choses au point, l'entassement de stupidités finit par ne plus être tolérable.

    a) l'universitaire ne travaille pas assez

    En fait, un universitaire moyen travaille beaucoup trop. Il exerce trois métiers, enseignant, administrateur et chercheur. Autant dire qu'il n'est pas aux 35 heures, ni aux 40, ni aux 50. Donnons une idée rapide de la variété de ses tâches: cours. Préparation des cours. Examens. Correction des copies (par centaines). Direction de mémoires ou de thèses. Lectures de ces mémoires (en sciences humaines, une thèse, c'est entre 300 et 1000 pages). Rapports. Soutenances. Jurys d'examens. Réception et suivi des étudiants. Elaboration des maquettes d'enseignement. Cooptation et évaluation des collègues (dossiers, rapports, réunions). Direction d'année, de département, d'UFR le cas échéant. Réunions de toutes ces instances. Conseils d'UFR, conseils scientifiques, réunions de CEVU, rapports et réunions du CNU et du CNRS, animations et réunions de centres et de laboratoires de recherche, et d'une quantité de conseils, d'instituts et de machins divers.

    Et puis, la recherche. Pendant les loisirs, s'il en reste. Là, c'est virtuellement infini: lectures innombrables, rédaction d'articles, de livres, de comptes rendus, direction de revues, de collections, conférences, colloques en France et à l'étranger. Quelle bande de fainéants, en effet. Certains cherchent un peu moins que les autres, et on s'étonne? Contrôlons mieux ces tire-au-flanc, c'est une excellente idée. Il y a une autre hypothèse: et si, pour changer, on fichait la paix aux chercheurs, est-ce qu'ils ne chercheraient pas plus? Depuis des lustres, la cadence infernale des réformes multiplie leurs tâches. Après quoi, on les accuse de ne pas chercher assez. C'est plutôt le fait qu'ils continuent à le faire, malgré les ministres successifs et leurs bonnes idées, malgré les humiliations et les obstacles en tous genres, qui devrait nous paraître étonnant.

    Nicolas Sarkozy, dans son discours du 22 janvier, parle de recherche «médiocre» en France. Elle est tellement médiocre que les publications scientifiques françaises sont classées au 5e rang mondial, alors que la France se situe au 18e rang pour le financement de la recherche. Dans ces conditions, les chercheurs français sont des héros. Les voilà évalués, merci. Accessoirement, condamnons le président de la république à vingt ans de travaux forcés dans des campus pisseux, des locaux répugnants et sous-équipés, des facs, comme la Sorbonne, sans bureaux pour les professeurs, même pas équipées de toilettes dignes de ce nom.

    b) l'universitaire n'est pas évalué

    Pour mieux comprendre à quel point un universitaire n'est pas évalué, prenons le cas exemplaire (quoique fictif) de Mme B. Elle représente le parcours courant d'un professeur des universités aujourd'hui. L'auteur de cet article sait de quoi il parle. Elle est née en 1960. Elle habite Montpellier. Après plusieurs années d'études, mettons d'histoire, elle passe l'agrégation. Travail énorme, pour un très faible pourcentage d'admis. Elle s'y reprend à deux fois, elle est enfin reçue, elle a 25 ans. Elle est nommée dans un collège «sensible» du Havre. Comme elle est mariée à J, informaticien à Montpellier, elle fait le chemin toutes les semaines. Elle prépare sa thèse. Gros travail, elle s'y consacre la nuit et les week-ends. J. trouve enfin un poste au Havre, ils déménagent.

    A 32 ans, elle soutient sa thèse. Il lui faut la mention maximale pour espérer entrer à l'université. Elle l'obtient. Elle doit ensuite se faire qualifier par le Conseil National des Universités. Une fois cette évaluation effectuée, elle présente son dossier dans les universités où un poste est disponible dans sa spécialité. Soit il n'y en a pas (les facs ne recrutent presque plus), soit il y a quarante candidats par poste. Quatre années de suite, rien. Elle doit se faire requalifier. Enfin, à 37 ans, sur son dossier et ses publications, elle est élue maître de conférences à l'université de Clermont-Ferrand, contre 34 candidats. C'est une évaluation, et terrible, 33 restent sur le carreau, avec leur agrégation et leur thèse sur les bras. Elle est heureuse, même si elle gagne un peu moins qu'avant. Environ 2000 Euros. Elle reprend le train toutes les semaines, ce qui est peu pratique pour l'éducation de ses enfants, et engloutit une partie de son salaire. Son mari trouve enfin un poste à Clermont, ils peuvent s'y installer et acheter un appartement. Mme B développe ses recherches sur l'histoire de la paysannerie française au XIXe siècle. Elle publie, donne des conférences, tout en assumant diverses responsabilités administratives qui l'occupent beaucoup.

    Enfin, elle se décide, pour devenir professeur, à soutenir une habilitation à diriger des recherches, c'est-à-dire une deuxième thèse, plus une présentation générale de ses travaux de recherche. Elle y consacre ses loisirs, pendant des années. Heureusement, elle obtient six mois de congé pour recherches (sur évaluation, là encore). A 44 ans (génétiquement has been, donc) elle soutient son habilitation. Elle est à nouveau évaluée, et qualifiée, par le CNU. Elle se remet à chercher des postes, de professeur cette fois. N'en trouve pas. Est finalement élue (évaluation sur dossier), à 47 ans, à l'université de Créteil. A ce stade de sa carrière, elle gagne 3500 euros par mois.

    Accaparée par les cours d'agrégation, l'élaboration des plans quadriennaux et la direction de thèses, et, il faut le dire, un peu épuisée, elle publie moins d'articles. Elle écrit, tout doucement, un gros ouvrage qu'il lui faudra des années pour achever. Mais ça n'est pas de la recherche visible. Pour obtenir une promotion, elle devra se soumettre à une nouvelle évaluation, qui risque d'être négative, surtout si le président de son université, à qui la réforme donne tous pouvoirs sur elle, veut favoriser d'autres chercheurs, pour des raisons de politique interne. Sa carrière va stagner.

    Dans la réforme Pécresse, elle n'est plus une bonne chercheuse, il faut encore augmenter sa dose de cours, alors que son mari et ses enfants la voient à peine. (Par comparaison, un professeur italien donne deux fois moins d'heures de cours). Ou alors, il faudrait qu'elle publie à tour de bras des articles vides. Dans les repas de famille, son beau-frère, cadre commercial, qui gagne deux fois plus qu'elle avec dix fois moins d'études, se moque de ses sept heures d'enseignement hebdomadaires. Les profs, quels fainéants.

    ***

    Personnellement, j'aurais une suggestion à l'adresse de Mme Pécresse, de M. Sarkozy et accessoirement des journalistes qui parlent si légèrement de la recherche. Et si on fichait la paix à Mme B? Elle a énormément travaillé, et elle travaille encore. Elle forme des instituteurs, des professeurs, des journalistes, des fonctionnaires. Son travail de recherche permet de mieux comprendre l'évolution de la société française. Elle assure une certaine continuité intellectuelle et culturelle dans ce pays. Elle a été sans cesse évaluée. Elle gagne un salaire qui n'a aucun rapport avec ses hautes qualifications. Elle travaille dans des lieux sordides. Quand elle va faire une conférence, on met six mois à lui rembourser 100 euros de train. Et elle doit en outre subir les insultes du président de la république et le mépris d'une certaine presse. En bien, ça suffit. Voilà pourquoi les enseignants-chercheurs manifestent aujourd'hui."

Sources: Nouvel Obs

samedi 07février 2009

Une Europe Écologiste

Voici le manifeste d'Europe Écologie (Ariège), C'est un appel au rassemblement pour une Europe écologiste :

" Changer d’ère

L’histoire est en suspens car la déraison s'est emparée du monde.

Comme en témoignent brutalement les dérèglements des mécanismes financiers, la croissance de la famine, l’aggravation des inégalités ou l'emballement du bouleversement climatique, l'humanité s’est mise en situation de perdre la maîtrise de son destin. Nous sommes parvenus à ce moment-clé où tout peut basculer, jusqu’à l’irréversible, ou, au contraire, favoriser un sursaut pour construire une nouvelle donne dont l’Europe devienne le creuset.

Soit la trajectoire d’effondrement dans laquelle s’inscrit la mondialisation du tout marché et de la prédation aveugle se prolonge, et l’on verra la conjonction des crises - écologique, énergétique, alimentaire, financière, économique, sociale, identitaire - précipiter la planète dans une régression sans précédent ; soit les sociétés humaines se ressaisissent, refusant la spirale de l’excès, des fractures sociales et du découplage avec la nature, et alors surgiront les forces porteuses des réformes nécessaires pour échapper au chaos et tracer l’horizon d’une nouvelle espérance.

Il est urgent de se rassembler pour y concourir. Ni demain, ni peut-être. Maintenant et résolument !

Ne rien faire ouvrirait la porte à des politiques autoritaires pour gérer les pénuries ou les conséquences des migrations d'origine climatique. Agir, c'est éviter la barbarie pour choisir la civilisation.

Nous n’avons plus le temps. Tous les indicateurs sont au rouge. Notre modèle de développement est pulvérisé par les faits ! Aveuglé par l’idéologie de la croissance sans limites, dopé par le laisser-faire du libéralisme, le système productiviste fonce tout droit vers la catastrophe, tel un bateau ivre. Partout l’insécurité sociale grandit. Le progrès perd son sens au profit d’une montée de l’insignifiance et d‘une destruction du vivant. L’humanité avance vers son désert.

D’autres orientations économiques et sociales s’imposent. D’autres choix de société sont indispensables. Une autre politique est possible: celle de la responsabilité. Le devoir d’équité universelle, l’attachement au vivant sous toutes ses formes, la nécessité de réduire l’empreinte écologique sur les ressources et les équilibres naturels commandent de changer d’ère. Il faut entrer sans plus tarder dans un nouveau monde, celui d’une profonde mutation écologique et sociale de civilisation. Celle-ci s’appuiera sur les valeurs de sobriété, de mesure et de modération, de partage, de solidarité et de démocratie, a contrario des aliénations marchandes et des violences économiques qui contaminent les écosystèmes, destructurent les sociétés, écrasent les diversités culturelles et broient les individus dans la compétition du toujours plus et les frustrations permanentes.Comment construire une alternative au désenchantement du monde ? Comment rendre désirable un changement basé sur l’épanouissement personnel et le mieux être collectif ? Nous proposons un choix : celui d'une régulation des activités tournées cette fois vers l’humain et la réconciliation avec la nature.

*
*    *

D’abord, il faut rompre ! Rompre avec cette logique autodestructrice. Rompre avec les impostures de l’accompagnement social et écologique d’un système condamné ; rompre avec les illusions qui tentent seulement d’en corriger les débordements et qui s’épuisent à réguler l’irréversible ; rompre avec le fatalisme qui conduit à s’accommoder d’une situation douloureuse pour la majorité des hommes et des femmes de la planète et pour l’avenir de nos enfants. Nous ne sortirons pas de l’impasse par des faux semblant, en ânonnant des adaptations à la logique dominante ou à coups de timides ajustements sectoriels.
 
Rompre, c’est s’en prendre enfin aux racines, au sein du système économique et social comme au coeur de nos pratiques individuelles ; c’est modifier l’architecture de la mondialisation aussi bien que transformer l’imaginaire de chacun. Agir sur les structures de nos sociétés et travailler en même temps à une insurrection des consciences, voilà les deux défis à relever pour éviter une désagrégation tout azimut et, au final, la défaite de l’homme.

L’urgence commande donc de réunir les conditions collectives pour que la trajectoire humaine s’engage sur une autre voie. Autre projet de société, autre modèle de civilisation… le chemin passe par la refondation progressive et pacifique de nos manières d’être et de vivre, ensemble et individuellement.

Ni surenchère utopique, ni ivresse révolutionnariste, l’objectif que nous devons poursuivre consiste à ouvrir les pistes d’un horizon émancipateur, redonnant sens au progrès et consistance à l’espoir. Nous n’affichons ni lendemains qui chantent ni programmes miracles. Nous affirmons seulement un autre choix : celui d’une nouvelle régulation, fondée sur l’impératif écologique et social, dont la déclinaison devra être établie démocratiquement dans chaque domaine impliquant la communauté humaine. Notre démarche consiste à opposer pied à pied des alternatives aux logiques destructrices et spéculatives, à trier entre ce qui est possible et ce qui ne l’est plus, à rassembler les énergies pour que la société s’engage dans une transition vers un monde qui, à défaut d’être parfait, restera viable pour tous et se montrera plus juste au plus grand nombre.

*
*    *

L’enjeu est tel et son urgence si prégnante que nous ne pouvons plus consentir à la tradition des jeux de rôle auxquels la représentation politique se complaît, avec ses rabâchages traditionnels qui pétrifient le futur et ses crispations claniques qui dévalorisent les consciences. Quelques soient leurs référentiels idéologiques, les partis politiques dominants bégaient devant les défis du nouveau siècle, refusant l’obstacle du grand tournant nécessaire. Ils restent liés à un type de développement insoutenable, fondé sur le mythe d’une progression exponentielle des richesses et, au final, sur le diktat absurde de la croissance pour la croissance. Chacun à leur façon, ils persévèrent dans la reproduction de mécanismes de plus en plus aliénants.

Par conséquent, le verrou que les forces politiques dominantes imposent à la société doit être débloqué. La plupart des politiques ne sont pas en phase avec le temps de la rareté qui s’annonce. Ils sont les produits d’une époque révolue au cours de laquelle, de la Révolution industrielle aux Trente Glorieuses, la croyance folle en l’abondance inépuisable s’installa. Elle consacra la domination de l’avoir sur l’être et de l‘économique sur le politique.

La matrice commune des partis politiques, forgée au culte de la croissance infinie et à tout prix, imprégnée de dévotion scientiste et de bigoterie technologique, les rend sourds aux interpellations de la modernité. C’est pourquoi ils ont obstinément nié les alertes lancées depuis trente ans par les écologistes.Vivre avec son siècle consiste aujourd’hui à prendre conscience que l’âge du gaspillage et de l’inconséquence est terminé, que l’autorégulation du marché est un mirage, que la réalité est désormais surdéterminée par la crise écologique et l’approfondissement des inégalités sociales.

Parce qu’ils entendent continuer de conduire l’avenir avec leurs promesses obsolètes et leurs réflexes sclérosés, ce sont ces partis hors d’âge qu’il faut maintenant contester, électoralement et démocratiquement.

Nous ne nous résoudrons jamais au futur que le fondamentalisme marchand et l’aveuglement des inconditionnels de la démesure dessine : un apartheid mondial dans la répartition des ressources et la destruction de la nature.

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C’est pourquoi il s’agit de développer un nouvel espace politique au sein duquel ceux et celles qui se rassemblent dans leur diversité traceront la perspective d’un nouveau projet de société. Celui-ci n’est pas hors d’atteinte. Il repose sur l’aspiration grandissante des populations à vivre autrement que dans l’accumulation, le factice ou les dettes et sur la montée de l’exigence citoyenne pour une répartition équitable des richesses et un juste échange entre les peuples.

Ce modèle alternatif n’est inscrit dans aucun dogme ni bréviaire, même s’il est attaché aux meilleures traditions humanistes, en particulier l’opposition radicale au racisme, à l’antisémitisme, au sexisme et à toute forme d‘ostracisme et de domination. Il se construira pas à pas, à partir des besoins de bientôt sept milliards d’individus, de l’intérêt collectif des peuples de la terre, de la protection des biens communs et de l’extension des services publics, du partage des ressources et du respect des équilibres du vivant. Il se fondera sur les valeurs de justice sociale et de solidarité planétaire, de sobriété et de conscience des limites, de droits humains et de dialogue démocratique. Il orientera progressivement les activités vers une réduction de l’empreinte écologique, impliquant de nouvelles façons de consommer, de produire, de se déplacer, de travailler, d’échanger, d’innover, d’habiter les villes et les territoires et de faire ensemble société. Il encadrera rigoureusement les mécanismes du marché et leurs prolongements financiers. Il stimulera la recherche scientifique et la créativité industrielle selon une perspective compatible avec les besoins réels et les limites de la biosphère.

A nouveau projet de société, nouvelle régulation économique et sociale. Il s’agit de penser l’organisation de la société selon le principe de durabilité, intégrant à la fois l’impératif écologique et celui de la justice sociale : durabilité des ressources et des équilibres naturels, durabilité, dans leur diversité culturelle, des systèmes économiques de demain, des contrats sociaux et des modes de vie. Autrement dit, il s'agit d'engager des réformes incompatibles avec l’hégémonie productiviste et consumériste qui précipite les dégâts écologiques et sociaux à coups de dérégulation, de financiarisation, de marchandisation et d’uniformisation.

Nous en connaissons les principaux instruments qui feront l'objet de la plateforme électorale des listes Europe Ecologie : décroissance des flux de matière et d’énergie sans recours au nucléaire ou aux agrocarburants, nouvelle donne économique basée sur la proximité des échanges, les énergies renouvelables et la fonctionnalité qui privilégie l'usage des biens à leur achat, nouveaux indicateurs de richesse, encadrement du marché selon des critères écologiques et sociaux, contrôle des mécanismes financiers, renforcement de l'économie sociale et solidaire et des services publics (services d’intérêts généraux selon la terminologie européenne) dans les secteurs clés de la vie collective (énergie, transports, santé, logement, éducation, télécommunications, solidarité sociale), mise en place d’une fiscalité intégrant le juste prix écologique et réorientant les comportements et les investissements, sanctuarisation des biens communs de l'humanité (l’eau, l’air, les fleuves, les océans, les ressources halieutiques, les forêts, les zones humides et les sols), protection de toutes les espèces du vivant, encouragement au travail paysan et aux agricultures respectueuses des terroirs, de l’environnement et de la santé,  refus de la brevetabilité du vivant et des risques de contamination par les OGM ou les pesticides, modification d’un aménagement du territoire axé sur l'étalement urbain et la sectorisation, réorientation de la mobilité des hommes et des marchandises vers les moyens de transports doux, le rail et les voies d’eau, mobilisation de la recherche scientifique pour favoriser les applications technologiques à la mutation écologique, coopération et co-élaboration avec les pays du Sud, droit à la souveraineté alimentaire, développement des relations internationales sur la base de l’apaisement des conflits, défense des droits fondamentaux de la personne (droit d'asile, droit de vote aux résidants issus de l'immigration...) et des libertés individuelles, extension de la démocratie par les voies participatives, renforcement des pouvoirs de la justice vis-à-vis des paradis fiscaux et des pratiques mafieuses, respect des territoires et des identités culturelles dans le cadre d'une Europe fédérale, réduction du temps de travail parallèlement aux gains de productivité...

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Un nouvel espace politique porteur d’une nouvelle politique de régulation ne peut se concevoir d’emblée qu’à l’échelon européen puisque l’Europe est notre famille, et sans frontières puisque le monde est notre village.

L’Europe doit d’abord agir sur elle-même. Elle a puisé dans ses ressources naturelles et mis à sac celles de ses anciennes colonies pour construire sa puissance. Aujourd’hui encore, elle prélève plus de ressources qu’elle n’en dispose. Son empreinte écologique, comme celle de l’ensemble des pays industrialisés, excède la capacité biologique de la planète. En moyenne, chaque habitant de l’Union européenne utilise au moins deux fois plus de surface productive que la biocapacité réelle disponible. La réduction de cet impact destructeur constitue une priorité incontournable.

De la même façon, l’Europe doit payer sa dette. Son développement économique, comme celui des autres pays industrialisés, s’est effectué au prix d’un renforcement de l’effet de serre global et d’un prélèvement massif de ressources mondiales. Elle est ainsi devenue un débiteur écologique majeur vis-à-vis du reste du monde. Cette dette engage l’Union européenne dans son rapport aux pays du Sud. Ceux-ci doivent pouvoir compter sur elle.

L’Union européenne, malgré les aléas de sa construction et des pratiques trop souvent technocratiques, a bâti un espace de paix et de coopération entre les vingt-sept Etats et les quatre-vingt-trois peuples qui la composent. Elle a su s’interposer comme une force de conciliation dans les conflits. C’est un formidable acquis, une histoire positive, à rebours des visions archaïques ou souverainistes qui imprègnent encore ce continent qui était celui des guerres. Des cultures différentes démontrent qu’elles peuvent vivre ensemble et s’enrichir mutuellement dans un monde déchiré par la violence multipolaire et les replis nationalistes et communautaristes.

C’est aussi grâce à l’Europe que des questions vitales ont pu échapper au carcan des intérêts et des égoïsmes nationaux et trouver des débuts de réponse allant dans le sens de l‘intérêt général. L’Europe a su par exemple se placer à l’avant-garde dans la lutte contre le réchauffement climatique et les objectifs du paquet énergie-climat sont les nôtres, l’Europe a su mettre en oeuvre une protection efficace des espaces naturels sur son territoire, l’Europe a eu le courage d’imposer le début d'une réglementation contraignante à l’industrie chimique…

Plus que jamais, nous avons besoin d’Europe : parce que c’est au niveau européen que se prend aujourd’hui la majeure partie des décisions politiques, touchant à tous les aspects de la vie des citoyens, parce qu’elle constitue notre meilleur socle pour répondre aux enjeux de l’époque et lancer des politiques transnationales ambitieuses, parce qu’elle pourrait être le meilleur défenseur des droits sociaux et de l’environnement et opposer un modèle de société alternatif à celui de la mondialisation libérale, parce que nous sommes convaincus que les Etats-nations n’offrent qu’une réponse de plus en plus partielle et inadaptée aux risques globaux auxquels nos sociétés sont confrontées.

Mais l'Union européenne n'apparaît plus comme une entité capable de réguler les équilibres mondiaux selon des critères de justice sociale et d’environnement. Ses dérives libérales tendent à l’assimiler à un simple épiphénomène d’une globalisation chaotique, voire même à un accélérateur de celle-ci.

D’autant plus que les peuples boudent l’Europe parce qu’ils ne se reconnaissent pas dans ses institutions sans visage. Comment s’en étonner, dès lors qu’on leur parle surtout de compétitivité et de concurrence, comme si le marché pouvait à lui seul tenir lieu d’horizon ? L’Europe est plus présente dans leur vie pratique que dans leurs cœurs. Ils attendent légitimement un projet qui les fédère et leur ouvre l‘horizon.

Le moment est venu pour que les Européens s’emparent et s’identifient à la perspective politique d’une Europe solidaire et durable. En installant la mutation écologique et sociale comme colonne vertébrale de la communauté de destin des peuples européens, l’Europe deviendrait le moteur d’un nouveau foyer de civilisation.

Soyons lucides mais n’ayons pas peur. La crise globale qui menace la civilisation humaine peut être surmontée. Sauf à consentir honteusement au désastre, l’humanité se trouve dans l’obligation de réagir et de changer de cap. Elle en a les moyens. Il lui manque l’objectif. L’intensité de la crise offre paradoxalement une opportunité historique de jeter les bases d’un nouveau monde en puisant dans les meilleures valeurs du patrimoine humain, de mobiliser les intelligences et les énergies pour encourager leur créativité, de rénover la démocratie et de réhabiliter la politique.

Avec l’Europe écologique et sociale, nous avons l’occasion de reprendre en main notre destin pour vivre mieux. A nous tous de la saisir !

Pour nous rejoindre en Ariège, par mail ariegeecologie@yahoo.fr
par courrier: Rassemblement Ariège Europe Ecologie
à l’Equi’Table 11 Place G.Duthil 09000 Foix
. "

On peut aussi lire et signer l'appel en ligne (avec un texte différent)...

mercredi 04février 2009

Le Président et le Ministre

Aujourd'hui, J'ai trouvé ça dans ma boite aux lettres:

LE PRÉSIDENT
   Entrez-donc mon ami et venez prendre place
   Afin de me conter ce qui vous embarrasse
   La réforme est lancée, elle avance à grands pas
   Mais je vois bien qu'à tous celle-ci ne plaît pas.
   Aussi voudrais-je entendre de votre propre bouche
   Pourquoi les enseignants prennent ainsi la mouche.

LE MINISTRE
   Mon bienfaiteur et Prince ne vous alarmez point
   Voyez comme en ces temps je sais rester serein.
   J'ai fait ce qu'il fallait et fait preuve d'audace

LE PRÉSIDENT
   Allez contez moi donc  je ne tiens plus en place !

LE MINISTRE
   J'ai d'abord pour vous plaire modifié les programmes
   Pour faire des élèves des besogneux sans âme.
   Ils se feront gaver du matin jusqu'au soir
   Et n'auront plus de sens à donner au savoir ;
   Voilà qui nous fera des citoyens dociles
   Qui ne s'attacheront qu'à des choses futiles.

LE PRÉSIDENT
   Fort bien, les programmes sont un bel artifice
   Pour manœuvrer les gens non sans quelque malice.
   Voyez ce que je fis pour prendre le pouvoir
   Promettant des réformes, n'en disant que très peu,
   Pour qu'une fois reçu l'aval des isoloirs
   Je puisse me sentir libre et faire ce que je veux !
   Mais veuillez donc poursuivre votre plan de disgrâce
   Car je veux tout savoir !

LE MINISTRE
   Voilà ce qui se passe :
   Je commence par rayer en trois ans les RASED
   Et pour tromper les gens sur le maintien de l'aide
   Je laisse aux enseignants l'entière liberté
   De s'occuper tous seuls de la difficulté.
   Ils auront pour cela comme unique bagage
   La chance de pouvoir faire quelques journées de stage !
   J'ai enlevé deux heures d'école par semaine
   Mais évidemment pas pour ceux qui mal apprennent,
   Il disent disent la journée de trop longue durée
   Qu'il faudrait réformer notre calendrier...
   Et bien moi je vous dis qu'il en faut d'avantage
   Et qu'il faut les forcer même jusqu'au gavage !

LE PRÉSIDENT
   C'est à n'en point douter une idée fort plaisante,
   Le mérite sera la seule valeur payante !

LE MINISTRE
   Pour ceux qui veulent apprendre de maître le métier
   Je les envoie le faire à l'université.
   Voyez l'inanité d'une bonne formation
   Nous qui n'avons besoin que d'agents et de pions !
   Cela vous agrée-t-il ?

LE PRÉSIDENT
   Assurément je pense.
   Mon humeur est ravie, et elle est d'importance
   Car c'est elle qui règle le cours de mes pensées
   Qui font toujours écho à l'actualité.
   Mon caprice me met dans des emportements,
   J'ai des mots qui ne sont plus ceux d'un Président,
   Je flatte ce qu'il faut des instincts les plus bas,
   Parle plus en mon nom qu'en tant que chef d'état,
   Sur toutes mes idées je veux qu'on légifère
   Et ne supporte pas qu'on m'empêche de le faire.
   Des médias je me sers et grâce à mon emprise
   Ils me suivent au mieux dans toutes mes entreprises,
   Enfin, si j'utilise les services de la presse
   C'est parce qu'aux yeux de tous il faut  que je paraisse.
   Mais contez-moi encore votre train de mesures.
 
LE MINISTRE
   De l'école en danger j'augmente la fêlure :
   Il existe des classes que l'Europe nous envie,
   Accueillant les plus jeunes des enfants du pays.
   Il serait opportun de les faire disparaître
   Pour affecter ailleurs ce réservoir de maîtres
   Qui ne font de leur temps que des couches changer
   Et ne connaissent point les joies de la dictée.
   Des enseignants en moins réduiraient nos dépenses
   Et il n'y aurait plus de maternelles en France !
   Afin de remplacer les absences des maîtres
   Avec tous ceux qui veulent, une agence va naître.
   Si celui qui remplace se trouve être plombier,
   La chaudière de l'école il pourra réparer.
   S'il est mécanicien et connaît son affaire
   Les voitures des collègues il pourra bien refaire.
   Et si par de la chance il se trouve enseignant
   Il pourra pendre en charge d'une classe les enfants !

LE PRÉSIDENT
   Je reconnais bien là votre astuce admirable
   Et votre esprit retors qui ne se sent coupable !
   Cette école qui veut faire des citoyens
   Il faut qu'à l'avenir elle n'en fasse rien !
   Œuvrez donc mon ami, la tâche n'est pas mince
   Car c'est l'éducation qui menace les Princes !!!!

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