François Breton

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Les voix d'en bas

... celles qui viennent d'en dessous de la ceinture

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jeudi 7 août 2008

Retour à l'île d'Elbe

J'y ai passé 2 été, en 1961 et 1962, pour une étude minéralogique dans le cadre des bourses Zellidja. J'y campais sur une petite plage, derrière Porto Azzuro, accessible seulement par un sentier de quelques kilomètres dans les collines caillouteuses bordées d'agaves. C'est pour eux, les cailloux, que j'étais là : j'avais l'œil partout et le marteau à la main, et justement la partie basse du sentier était toute empierrée de scories étrusques ; L'ile d'Elbe est une vieille terre de mines, encore en fonction dans ces années là... C'était une île tranquille, aux eaux lumineuses et peuplées d'êtres multicolores, à l'abri d'un tourisme pas encore envahissant...
Aujourd'hui, Porto Azzuro est le repaire des marchands de merveilles minérales pillées dans le monde entier. Les mines sont mortes et plus moyens de faire le tour de la Punta Calamita sans payer. Ma petite plage de solitaire est devenue un camping abondamment vacancié de bruits et de lumières, et les eaux de la crique ne baignent plus que de tristes rochers uniformément couverts de chétives algues grisâtres... Tout est privatisé, barrièré, salopé... Même plus moyen de poser sa crotte à l'ombre d'un arbre en contemplant la mer. Où même de tout juste la poser sans avoir à sortir la monnaie. Misère...

Ce matin j'ai suivi le petit ruisseau qui mène à Spiaggia Reale par un tunnel végétal bordé de propriétés privées. Ces tunnels se forment autour des voies d'eau, ruisseaux ou chemins fortement ravinés. Ils sont hors du temps. A Barbarossa on y trouve des scories étrusques à la pelle... Très sympa pour chier, donc, ce petit îlot de nature sauvage, avec en prime cette impression perverse de chier en plein sur une voie.
Hélas, j'étais trop près d'un petit pont, et bien-sur une voiture est venue s'y arrêter. Hop! je finis de pousser pour bien larguer ma matière et je prends à peine le temps de m'essuyer. Étrange sensation que celle de la merde au cul qui risque de saloper le caleçon. Ah où est-il le temps où je pouvais me rouler dedans avec délice ?

J'éprouve un attrait particulier pour les scories étrusques. Peut-être à cause de leurs formes coulées, somme-toute très scatologiques. Elles sont comme les excréments fossiles d'un dragon mangeur de pierres.

21 octobre

mardi 5 août 2008

Plage des couleurs

Entre le plage et la falaise, les bulldozers ont tracé un talus de 1 à 2 mètres derrière lequel il fait bon chier, le matin... On peut contempler les gros galets noyés dans le sable noir et jaune aux éclats de verroterie. Multitude des formes, multitude des couleurs. Toujours ce goût de la transformation: la plage est le lieu où on observe le mieux les déjections de la terre et leurs transformations... Murs écroulés des anciennes jetées minières, dépôts d'ordures... Quel dommage de toujours se cacher pour chier :

s'il n'y avait pas la honte de chier la terre serait plus propre.

Et quel sentiment de libération que de pouvoir chier là, au bord de l'eau, sous le ciel immense, et sans avoir honte de ce qu'on donne à la terre... À méditer n'est-ce-pas ?

Sur le ferry du retour, tout à ma nouvelle passion sur les lieux d'aisance, je suis allé rendre une petite visite aux WC: 3 cabines alignées contre un couloir, avec un évier au bout; inox et panneaux plastifiés en faux tissus de lin brut; poignées pour se tenir à gauche et rouleau de PQ à droite (encore un coup des droitiers!)
Mais malgré tout on y retrouve le plaisir de la chaise d'aisance, qui permet de se vider tout en ayant une activité somme toutes assez noble (écrire) avec le reste du corps.
Ces lignes sont donc écrites alors que mon anus se dilate voluptueusement au passage de la matière tiède. Imaginez-le et réjouissez-vous en mes amis! C'est avec un plaisir accru que je vous offre ce présent.

Plaisir aussi de voir la poignée de porte tourner, tantôt plein de volonté, tantôt avec douceur... Plaisir de sentir la présence de mes voisins de cagade, de m'immiscer par l'oreille à leurs ébats...

Et puis violence de la chasse d'eau qui aspire cette matière encore palpitante de vie dans une antre inconnue. L'enfer sans doute, le royaume des ombres, le grand chaudron satanique où toute matière organique est appelée à fermenter.

Les chiottes sont à la défécation ce que les bordels sont à l'amour.

22 octobre

lundi 4 août 2008

La chiasse

La cagagne, la chiasse, la courante
La chiasse à courre, oui!
Vite! Vite! Putain ça va débouler
Serrer, serrer, tout en refusant de céder à la panique
Tout préparer: papier, carnet de note, lampe à pétrole
le grand jeu, oui!

Des chiottes turques dans un site refuge à 1000m. Personne... 3 chiottes côtes à côtes, comme dans le bateau, mais carrelées, modernes, bien entretenues, ouais...
Mais les gogues turques, pour écrire y a mieux
à cause de la ceinture du pantalon qui comprime derrière les genoux: ça engourdit toutes les jambes.
Après les spasmes acides de la cagagne, c'est pas terrible... Ciao...

Les chiottes turques c'est pas fait pour écrire, du moins en posant le cahier par terre, car alors on est trop recroquevillé. Mais autrement, si on se contente de les utiliser normalement ça manque pas de charme, à cause de la position fœtale. Et puis c'est la position naturelle, celle qu'on prend spontanément hors des constructions soit-disant étudiées pour...
     Inconvénients : on risque de se chier sur la chemise où le manteau, et de se pisser sur les godasses (si on prend pas les précautions nécessaires).
     Avantages : pas de contact douteux avec une lunette accueillant n'importe quoi. Je connais même des gens qui ne se posent jamais les fesses sur une lunette étrangère. Pour chier: ils montent dessus et s'accroupissent "à la turque", et ça: faut bien viser, surtout si ça gicle...
Autre inconvénient des chiottes à lunettes: la queue traîne un peu partout, et selon les modèles y'a intérêt à la rabattre vers l'arrière si on veut pas lui faire prendre un risque biologique. Selon les modèles: de lunette et de queue, parce que si tu bandes c'est sur que tu touches...

Ce soir  y'avait même un balais à chiotte, en prime !
Et sur les balais à chiotte y'a aussi de quoi dire, particulièrement quand ils baignent dans un jus douteux.
C'est vrai que c'est pas toujours évident: quand la merde colle à la faïence faut bien l'enlever, mais le temps que tu opères, l'eau a fini de couler et faut attendre que la chasse se remplisse à nouveau pour nettoyer le balais. Alors bon, si tu es pressé hein, tu le reposes tel quel. En quelque sorte : tu fais la passe au suivant... qui lui fera pareil, en bougonnant contre les salauds qui sont pas fichus de laisser propre un balais à chiotte. Et ainsi de suite, chacun se demerdant comme il peut.
Et oui: se démerder, ça dit bien se que ça veut dire, et c'est une preuve de plus que le sujet est fondamental, car quoi de plus basique dans la vie que la démerde? Quelqu'un qui se débrouille bien, c'est un "démerdard"; ça veut dire qu'il sait se sortir de la merde en toute circonstance, et ça : ça vaut largement un baccalauréat. On devrait réinstaurer l'épreuve initiatique de la merde...

22 octobre

dimanche 3 août 2008

Pour l'amour d'un paysage

On peut connaître intimement un paysage en observant l'effet qu'il a sur les muscles du ventre et de l'anus. On peut ainsi les classer selon le plus ou moins grand désir qu'ils donnent de chier. Chier en contemplant un paysage c'est une sorte de communion où au lieu d'avaler on donne. Je parle ici de chier, mais il peut venir aussi des désirs génitaux: combien de fois ne me suis-je masturbé dans un beau paysage quand en pleine adolescence je découvrais l'arrière pays provençal! J'ai d'ailleurs lu dans "Les fous de dieu" d'Alain Danielou une histoire comme ça, où un dieu honoré par cet acte de participation à la vie rend visite au jeune héros...

Déféquer n'est pas nécessairement un acte sale: ce peut être un don, et c'est bien ainsi que la psychanalyse comprend les gestes du petit enfant dans sa "phase anale". Mais je ne vois pas pourquoi on devrait renier nos phases libidineuses primitives sous prétexte qu'il en existe de plus adultes. Le dégoût de sa propre merde n'est pas quelque chose d'aussi "naturel" que ça. Quand verrons-nous clairement que l'être ne s'épanouit pleinement que dans sa globalité, que "grandir" n'est pas se mutiler mais gérer démocratiquement toutes nos composantes? Je dis bien: toutes...  Arrêterons-nous un jour de massacrer sans fin l'enfant que nous sommes encore?

Quand j'étais gamin, on nommait le petit-pot: "le trône". Aller sur le trône était donc un acte noble, et littéralement je trônais sur mon petit pot. Tiens ça me rappelle une de mes premières chansons:

Sur les épaules de mon papa,
ou quand j'trônais sur mon p'tit pot
parole d'honneur j'étais le Roi!
Mais c'est fini: j'ai l'cul trop gros!

Avez-vous déja chié par exemple en vous asseyant sur le haut d'une cheminée? Royal, vraiment! Et à propos: ne parlait-on pas à Versailles de "chaise d'aisance" ? Et bien quand on dit à quelqu'un: "mettez-vous à l'aise", tu vois l'association d'idée? Par quelle perversion d'idée, par quel détournement diabolique "faire chier" est-il devenu synonyme "d'emmerder" ? ... alors que c'est exactement l'inverse!

23 octobre

vendredi 1 août 2008

Faïence

Dans un coin de VC
de sous un escalier de resto des alpes maritimes,
à coté du distributeur de papier, modèle "gros rouleau",
une faïence italienne avec l'inscription suivante:
"à suivre"

25 octobre

jeudi 31 juillet 2008

Pensée de chiotte

Chiez dur, chiez mou
Mais chiez dans l' trou !

25 octobre

mercredi 30 juillet 2008

Aux urgences

Il y a des VC où d'emblée on se sent bien ; c'est le cas des urgences, à Carcassonne.
Une douce chaleur, une douce lumière, des tons vinyliques bleus et jaunes cassés.
Pièce carrée, 1m70, haute de plafond, prévue pour les fauteuils roulants.
Cuvette dans un coin, à portée de l'évier surmonté d'une glace verticale de dimension confortable.
ET
suprême délicatesse
du papier en feuilles, dans un ton jaunasse assorti au mur...

9 novembre

mardi 29 juillet 2008

En compagnie?

Bourg-de-Péage.
En attendant l'ouverture de Baude: un bar...
En y entrant, dans l'obscurité, j'ai cru avoir enfin découvert le chiotte improbable: le chiotte à 2 places, face-à-face!
Mais hélas l'autre trône n'était qu'un évier au-dessus d'une grosse poubelle!
Par contre, face à la porte, un renfoncement avec des étagères...
Les étagères, dans un chiotte, ça donne vraiment un bon cachet !

7 juin