J'y ai passé 2 été, en 1961 et 1962, pour une étude minéralogique dans
le cadre des bourses Zellidja. J'y campais sur une petite plage, derrière Porto Azzuro, accessible
seulement par un sentier de quelques kilomètres dans les collines
caillouteuses bordées d'agaves. C'est pour eux, les cailloux, que
j'étais là : j'avais l'œil partout et le marteau à la main, et
justement la partie basse du sentier était toute empierrée de scories
étrusques ; L'ile d'Elbe est une vieille terre de mines, encore en
fonction dans ces années là... C'était une île tranquille, aux eaux lumineuses et peuplées d'êtres
multicolores, à l'abri d'un tourisme pas encore envahissant...
Aujourd'hui, Porto Azzuro est le repaire des marchands de merveilles
minérales pillées dans le monde entier. Les mines sont mortes et plus
moyens de faire le tour de la Punta Calamita sans payer. Ma petite
plage de solitaire est devenue un camping abondamment vacancié de
bruits et de lumières, et les eaux de la crique ne baignent plus que de
tristes rochers uniformément couverts de chétives algues grisâtres...
Tout est privatisé, barrièré, salopé... Même plus moyen de poser sa
crotte à l'ombre d'un arbre en contemplant la mer. Où même de tout
juste la poser sans avoir à sortir la monnaie. Misère...
Ce matin j'ai suivi le petit ruisseau qui mène à Spiaggia Reale par un
tunnel végétal bordé de propriétés privées. Ces tunnels se forment
autour des voies d'eau, ruisseaux ou chemins fortement ravinés. Ils
sont hors du temps. A Barbarossa on y trouve des scories étrusques à la
pelle...
Très sympa pour chier, donc, ce petit îlot de nature sauvage, avec en
prime cette impression perverse de chier en plein sur une voie.
Hélas, j'étais trop près d'un petit pont, et bien-sur une voiture est
venue s'y arrêter. Hop! je finis de pousser pour bien larguer ma
matière et je prends à peine le temps de m'essuyer. Étrange sensation
que celle de la merde au cul qui risque de saloper le caleçon. Ah où
est-il le temps où je pouvais me rouler dedans avec délice ?
J'éprouve un attrait particulier pour les scories étrusques. Peut-être à cause de leurs formes coulées, somme-toute très scatologiques. Elles sont comme les excréments fossiles d'un dragon mangeur de pierres.
21 octobre
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