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3 - Los Angeles

Fabrice m'avait dit: "vaut mieux que tu restes quelques jours à Los Angeles, le temps de te nettoyer du voyage, de t'habituer". Sage recommandation: il m'a fallu pas loin d'une semaine pour digérer le décalage de 9 heures avec la France! Je suis arrivé un vendredi soir après un couché de soleil en altitude qui a bien duré 2 heures vu que l'avion volait vers l'ouest à quasiment 1000 km/heures. Je n'avais pas volé depuis plus de 25 ans, et ça a bien changé: à l'époque on applaudissait le pilote quand les roues touchaient terre, et on se relayait aux hublots pour dévorer des yeux le somptueux panorama de la Terre et des nuages... Deux heures d'attente dans un terminal un peu délabré, un coup de téléphone, et Jean-Paul (un musicien français installé en ville depuis plus de 20 ans) me conduit quasi directement au nord de L.A. où Fabrice et Ursula louent une chambre, dans une belle maison pas loin de Grifith Park. Ils n'arriveront que dans 24 heures (de France), mais l'accueil de Jean-Paul, qui m'offre une bonne bouteille, puis d'Anna (qui loue dans la même maison que Fabrice et Ursula) est fort sympathique... De quoi m'endormir enfin, le sourire aux lèvres.

  

   

Cette maison où je suis resté tout le week-end est dans un quartier très particulier de L.A, sans doute le seul où les rues sont sinueuses! Parce qu'ailleurs c'est tout au carré, par centaines de milliers de parcelles délimitées par autant d'arbres, souvent des palmiers aussi hauts que droits. On a beau se vider l'esprit, on a toujours une certaine idée d'un endroit qu'on n'a jamais vu (mais dont on a entendu parler). Alors bien sur il est rare qu'on ne soit pas surpris quand on y va. Ce fut le cas pour moi: je m'attendais à plus gris, mouvementé, invivable... Et bien mes premières impressions furent agréables: beaucoup de verdure, des gens aimables, souriants (peut-être à cause du printemps?) une grande diversité de boutiques, et plutôt moins cher que ce à quoi je suis habitué. Même les supermarchés m'ont semblé plus accueillants et coquets, surtout sans cette parano française qui fait qu'une fois entré dans un des nôtres il est difficile d'en sortir ailleurs que par les caisses, avec en prime (si vous le faites quand même) le regard pesant d'un surveillant musclé qui vous injecte sournoisement l'impression de ne pas être tout à fait en règle. J'en ai parlé quelques fois ici: il paraîtrait que vu les systèmes de vidéo-surveillance et le port d'armes autorisé... En tout cas, ce confort là je l'ai remarqué!

Cet interminable alignement de parcelles carrées bordées d'arbres s'étend sans discontinuité sur au moins 150 km d'est en ouest et du nord-ouest au sud-est. Une vaste banlieue en somme, et qui ne cesse de grandir: la périphérie est pleine de chantiers. Alors il y a beaucoup de monde par là-bas, mais pas tant qu'on pourrait le croire (un peu moins de 20 millions) parce qu'en dehors de quelques quartiers très peuplés, on trouve surtout des pavillons. De quoi vit tout ce monde là? Ce fut d'abord l'or (milieu du 19ème siècle), puis le pétrole (fin du 19ème), le port qui ne cessa de se développer, orienté vers l'inde et l'extrême-orient, l'amérique du sud. Et puis bien-sur tout ce qui tourne autour du cinéma puis de la télévision. De grosses industries se développèrent, favorisées entre autres par les besoins militaires lors de la seconde guerre mondiale (automobiles, avions, armes, mais aussi vêtements et meubles...). Puis les délocalisations orientèrent l'économie vers les services, les communications, la finance... même phénomène (mais à une plus grande échelle) que près de la frontière mexicaine où les entreprises ont deux centres: gestion et finance du coté californien, fabrication et manutentions du coté mexicain... C'est ce qu'on appelle une collaboration harmonieuse! Ce qui donne une odeur de monstruosité au développement de cette mégapole, c'est que mis à part la douceur du climat, les conditions physiques n'y sont pas vraiment favorables: c'est une région qui manque d'eau. Début du 20ème siècle, alors que la ville ne comptait encore que 100 000 habitants, le besoin d'eau se fit pressant (d'autant que la pénurie fut bien organisée). Alors la ville acheta des terres (par quelques tractations dignes d'un western) et fit construire un aqueduc de 400km pour amener l'eau de la rivière Owens, depuis la frontière du Névada. Résultat: assèchement de la vallée, baisse drastique du niveau du lac du même nom, création de quasi-déserts avec tempêtes de sables et de sel... Yeah! Et puis la ville continuant à se développer, on construisit un second aqueduc, captant cette fois-ci les eaux du fleuve Colorado. Et c'est comme ça qu'on peut trouver à Los Angeles des tas d'arbres et autres plantes exubérantes, et même des magnolias, des ficus, et des oiseaux-mouches...

  

  

A propos des eaux du Rio Colorado, voici une histoire bien américaine: en 1905, une forte crue du fleuve fit que les eaux, empruntant des canaux d'irrigation se déversèrent dans une plaine désertique située bien en-dessous du niveau de la mer, formant un lac d'environ 1000 km carré (53km de long sur 21 de large). Évaporation et infiltrations auraient certainement fini par l'assécher si les agriculteurs n'avaient trouvé fort pratique de s'en servir comme deversoir des eaux prises dans le Rio Colorado et utilisées pour dessaler la terre (lavage). Ainsi fut constitué le plus grand lac de Californie, de surcroît salé comme tant d'autres en zone désertique, et c'est aujourd'hui une zone très touristique, avec même une réserve d'oiseaux sauvages... Concernant les fleuves et rivières de cette partie des état-unis, le chamboulement écologique est à l'image du reste: colossal. Au niveau du delta (mexicain), le fleuve Colorado navigable autrefois ne ressemble souvent plus guère qu'à un ruisseau. Faune et flore s'appauvrissent dans les mêmes proportions. A cette histoire de détournement d'eau s'ajoutent aussi toutes les pollutions, agricoles et ménagères, les bétonnages des lits de rivières (pour diminuer les pertes) et tout ce qui s'en suit sur l'importance et la qualité des nappes phréatiques. Sans parler de ce fameux smog de Los Angeles, qui ne date pas d'hier puisqu'il fut mépris lors de la seconde guerre mondiale pour une attaque aux gaz menée par les japonais! Ceci dit, la lutte contre la pollution existe aussi, comme la réhabilitation du lac Owens et la décision (2006) de baisser le taux du smog de 45% en 5 ans. Et toutes ces misères environnementales n'empêchent pas bon nombre de personnes d'aimer vivre à Los Angeles, ne serait-ce que pour son activité artistique paraît-il intense.

  

Sur le banc, c'est Jean-Paul et une amie...

  

Ezra et Ursula

En tout cas j'ai bien aimé, sans doute parce que ces collines au nord de la ville sont particulièrement coquettes et agréables, et aussi pour le dépaysement offert par la grande variété des communautés: j'ai trouvé des quartiers coréens, grecs, et même arméniens! Et «quartier» ça veut dire qu'on y voit et entend parler la langue en question (parfois même rien que celle-là!) et que les magasins y vendent les produits qui vont avec. Je n'ai cité bien-sur que ceux que j'ai vu. Les organismes de recensement annoncent que la majorité de la population est maintenant hispanique (quasiment la moitié)... Je suis resté là tout un week-end, à regretter de n'avoir pas pris d'appareil photo. J'ai même failli en acheter un! Heureusement Ursula m'a prêté le sien, et plus tard Hopi (pour tout le reste du voyage), Hopi qui est arrivée le lundi midi, pour m'emmener jusqu'à Oakland, à 600 km plus au nord...

Quelques liens fort instructifs:
- approche générale
- environnement
- la crise de l'eau